L'Enfer des Armes - critique du film
Catégorie : Cinéma - Publié le Dimanche, 03 Janvier 2010 16:20

Il existe deux versions de L'Enfer des Armes réalisé en 1983 par Tsui Hark.
La première est celle que tout le monde connaît. Elle correspond en fait à une version censurée comportant des scènes retournées par Tsui Hark.
La deuxième version, qu'on appellera Director's Cut, correspond à la vision originale de son auteur et avait complètement disparue, jusqu'à ce que l'éditeur HK Vidéo (avec la complicité du réalisateur) la récupère. C'est cette version dont il est question dans ce texte.
Pour tuer le temps trois jeunes fabriquent une bombe et la font exploser dans un cinéma. Ils se font malheureusement repérer par une fille qui entreprend de les faire chanter. Pour ne pas être dénoncé à la police, les garçons s'exécutent et posent encore plus de bombes... Alors que la situation est déjà extrêmement compliquée, ils mettent la main sur une importante somme d'argent appartenant à des malfrats étrangers.
Très proche d'Orange Mécanique, L'Enfer des Armes est une attaque virulente contre la société hongkongaise. Ainsi, sans réelle identité culturelle (Hong Kong était toujours une colonie, avec l'anglais comme langue officielle, alors que la ville est située en territoire chinois) les jeunes sont déboussolés et manquent totalement de repère. Tsui Hark (Seven Sword, Zu), alors dégoûté par les échecs consécutifs de ses deux premiers longs métrages, Histoires de Cannibales et Butterfly Murders, décide de se venger en réalisant un film s'inspirant d'un fait divers survenu au début des années 80 : des adolescents avaient bel et bien fait explosé une bombe dans un cinéma.
Le résultat à l'écran est une oeuvre incroyablement violente qui présente le mal-être de toute une génération incapable de se projeter dans un avenir bien incertain en raison d'une rétrocession imminente (qui eu lieu en 1997). Les ados tuant alors le temps avec des actes terroristes qu'ils trouvent plutôt amusant ! Pire, le réalisateur semble prendre un malin plaisir à torturer ses personnages, comme l'atteste le dernier tiers du film particulièrement éprouvant. On peut noter aussi une certaine antipathie de Tsui Hark pour l'occident (les étrangers sont toujours des personnages plutôt mauvais ), un aspect qu'on retrouvera aussi plus tard dans l'excellent Il Etait une Fois en Chine (avec Jet Li).
L'Enfer des Armes est donc un réel chef-d'oeuvre indispensable qui ne souffre que d'un seul problème : la rareté de la version Director's Cut (heureusement disponible sur DVD en France). Un film dont on ne peut sortir indemne...
Nicolas